Association Internationale pour la Recherche en Didactique du Français

La Langue à l'école, de l'institution à la classe

Soumission
30 avril 2020
Organisateur
Glottopol
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Les formes actuelles des échanges en classe, notamment du fait de la valorisation des interactions entre enseignant et élèves ou entre élèves dans les apprentissages, se sont beaucoup développées et souvent horizontalisées (Bernstein, 2007 ; Bautier 2009), qu'il s'agisse des classes du premier ou du second degré, introduisant ainsi au sein de l'école des usages de la langue plus spontanés, plus immédiats, pouvant consister en jeux de questions réponses fermés, ou en propos personnels renvoyant à l'expérience propre, faisant appel à l'expression de soi ou relevant de la communication plus que de l'élaboration, bousculant ainsi les normes de la langue de scolarisation, entendue comme langue des apprentissages et des disciplines, normée par l'écrit notamment.

 Or, si le rôle des interactions verbales dans les apprentissages scolaires des élèves, et plus généralement le caractère intriqué des usages de la langue et des constructions scolaires du savoir sont déjà bien connus (voir notamment Nonnon, 1999 ; Bautier, 2001 ; 2005 ; Bernié, 2002 ; Bautier & Goigoux, 2004 ; Jaubert & Rebière, 2004 ; 2011 ; Nadeau & Fisher, 2011 ; Delarue-Breton, 2012 ; 2016 ; Mauroux, David & Garcia-Debanc, 2015), la question des conceptions ou représentations de la langue - le français en tant que langue de l'école, en France, ou plus largement dans le monde francophone - et de ses usages proprement scolaires, qui traversent la sphère scolaire du point de vue des enseignants, des élèves ou de l'institution scolaire dans son ensemble, peut encore être documentée. La langue est-elle considérée comme objet et/ou moyen d'apprentissage ? Est-elle perçue comme participant de l'expérience du monde, dans ses enjeux identitaires/altéritaires ? Le langage est-il entendu comme activité de conceptualisation, ou simple véhicule de la transmission des savoirs ? Les difficultés des élèves sont-elles relatives aux normes structurelles de la langue, et/ou à la complexité et à la diversité de ses usages ? Autrement dit, quelles conceptions de la langue, du langage et des discours circulent dans la sphère scolaire, et pour quels usages ?

 Plusieurs numéros de revue sont dédiés à des questions voisines de celles-ci, dans une approche didactique, en lien avec la spécificité des disciplines scolaires d'enseignement : notamment sur la place et les modalités de l'enseignement de l'étude de la langue, de la grammaire en classe et en formation d'enseignants pour la revue Le Français aujourd'hui (LFA, 2011-5, HS 101), sur la norme et les usages de la langue à l'écrit pour la revue Repères (1991 nº4, 1994 nº10, 1995 nº11, 1996 nº13, 1999 nº20, 2001 nº23, 2002-2003 nº26-27, 2006 nº33 et 34, 2009 nº40 : pour une synthèse, voir Doquet, 2012), ou encore sur l'enseignement de la langue, des textes et des discours, en français langue première ou en français langue étrangère pour la revue Pratiques (2016, nº169-170).

 

Ces travaux laissent cependant un certain nombre de questions en suspens, rendant ainsi nécessaire la poursuite des investigations dans ce domaine. On peut ainsi s'interroger sur les mouvements ou évolutions des conceptions de la langue et de ses usages véhiculés par l'institution scolaire, sur la prise en compte par les enseignants du rôle cognitif de l'interaction verbale en classe, ou encore sur la spécificité de ces usages dans divers champs disciplinaires.

 

 

Ce numéro de Glottopol propose dès lors d'étudier les conceptions et les normes linguistiques et langagières des différents acteurs et usagers de l'école, dans une approche qui prenne en compte les dimensions sociales des usages de la langue, c'est-à-dire les effets des contextes de l'activité langagière. Il s'agit ainsi de mieux comprendre ce qui peut être perçu ou conçu comme normes concernant la langue et ses usages, et les variations les concernant, en fonction des contextes d'enseignement ou de formation (historique, social, en lien avec le territoire etc.). Le terme de norme est ici entendu en tant que ce qui vaut, ce qui atteste d'une hiérarchisation ou de choix privilégiés par les acteurs, ces hiérarchisations pouvant être explicites, conscientes, voire revendiquées, ou plus implicites, en puissance ou en acte. Au-delà des points de vues affirmés sur la langue et le langage, nous considérons ici que les usages, les productions, écrites comme orales, disent quelque chose des conceptions des locuteurs, et que les tensions qui en découlent, susceptibles d'être à l'œuvre au sein des discours, gagnent à être élucidées. On pourra par exemple travailler la distinction (Cornu, 2009) entre normativité - ce qui est nécessaire pour accomplir les activités, aller au-delà des procédures routinisées des tâches - et normalisation - ce qui relève d'une imposition sociale, en particulier ici scolaire - afin de mettre au jour des conceptions susceptibles de contribuer à renforcer ou au contraire réduire les inégalités d'apprentissage.

 

Les notions de conceptions, de représentations de la langue ou de ses usages demeurant peu fermement définies, sans doute en raison de leurs nombreux emplois actuels, et compte tenu des modalités variées de leur réalisation ou de leur présence (explicites ou sous-jacentes par exemple), elles nécessitent d'être conceptualisées, et les choix méthodologiques qui permettent de les saisir nécessitent d'être spécifiés. Il s'agira donc aussi bien de les approcher à partir de productions langagières qui les thématisent (par exemple des entretiens avec les acteurs centrés sur cette question des normes, conceptions ou représentations), que de productions qui ne les thématisent pas (par exemples productions écologiques : productions d'élèves, interactions langagières en classe, discours pédagogique ou didactique, etc.), ou encore de textes de préconisations ou prescriptions institutionnelles, dans le domaine didactique et pédagogique.

 

Axes de travail

 

Les contributions attendues, qui pourront être des études de cas, des textes théoriques ou comprenant des traitements de données empiriques, ou encore des analyses de documents, et qui pourront concerner l'ensemble des disciplines scolaires, s'inscriront dans l'un des axes suivants :

 

- Pratiques et conceptions, représentations de la langue et de ses usages chez les élèves en classe ou hors la classe (études de productions d'élèves, interactions langagières en classe, entretiens etc.) ;

 

- Pratiques et conceptions, représentations de la langue et de ses usages chez les enseignants ; tensions entre les conceptions actuelles, qui valorisent les usages plus ou moins littératiés, plus ou moins spontanés de la langue en classe, et les attendus de la littératie scolaire (choix didactiques lors de l'élaboration des séances de classe ou au cours des séances, corrections de copies, entretiens etc.) ;

 

-  Conceptions, représentations de la langue et de ses usages tels qu'ils apparaissent dans les documents institutionnels (programmes, documents d'accompagnement etc.) ou dans les manuels ;

 

-  Pratiques et conceptions, représentations de la langue et de ses usages en formation d'enseignants (choix didactiques et pédagogiques lors de l'élaboration des séances de formation ou au cours des séances, corrections de travaux, entretiens etc.).

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    559 fois
  • Créé le
    mardi 26 novembre 2019
  • Mis en ligne par
    Jean-Pierre Sautot
  • Dernière mise à jour
    mardi 25 février 2020